Budget

La dette ? Des investissements utiles pour Paris

Le 8 juillet, dans les colonnes du Parisien, Pierre-Yves Bournazel, député Agir de Paris a notamment dénoncé la gestion du budget parisien depuis l’élection d’Anne Hidalgo : cependant l’analyse qui en est faite pose question à plusieurs niveaux. Dans ce sens, j’ai souhaité, en tant qu’Adjoint à la Maire de Paris en charge du budget, du financement et de la transformation des politiques publiques, apporter de nouveaux éléments de compréhension aux citoyens.

Pour Pierre-Yves Bournazel, s’il est « difficile d’appliquer au dirigeant politique une grille d’analyse qui, sur la base de critères quasi « mécaniques » permettrait de le « noter », il est par contre tout à fait pertinent de mettre en avant des chiffres, sans les vérifier, sans les justifier et en s’exonérant de toute comparaison avec d’autres grandes métropoles françaises.

Non, en 2020, la dette de la ville de Paris ne sera pas de 8 milliards d’euros : en réalité elle sera fin 2018 d’environ 6 milliards d’euros et début 2020 au plus de 6,7 milliards. Si cette erreur grossière ne suffisait à décrédibiliser son auteur, je ne veux pas pour autant contourner la seule vraie question démocratique qui importe : ces dépenses sont-elles utiles ou non, et ce n’est pas à Monsieur Bournazel d’en décider mais aux citoyens.

Quelques observations utiles pour se forger un avis :

  • D’abord, les montants évoqués doivent être rapportés à la taille de la Ville de Paris qui dispose d’un budget de 10 milliards d’euros par an, cumulant les compétences d’une commune et d’un département, et d’un patrimoine exceptionnel, évalué à plus de 31 milliards d’euros fin 2017 (le 2nd patrimoine public derrière celui de l’État) et qui s’enrichit chaque année notamment grâce aux nouveaux investissements,
  • Deuxièmement, les montants correspondent strictement à la trajectoire budgétaire qui avait été présentée aux Parisien.ne.s par Anne Hidalgo pendant la campagne de 2014 : un Programme d’investissement de 10 milliards, financé à plus de 69% par de l’autofinancement et le reste par recours à l’emprunt,
  • Ensuite il ne s’agit que d’emprunts pour financer des investissements : en vertu de la règle d’or qui s’applique aux collectivités locales, celles-ci ne peuvent (contrairement à l’Etat) emprunter que pour financer des investissements, et non du fonctionnement courant de la collectivité (notamment la masse salariale). Et il est logique de lisser en partie sur la durée d’usage d’un équipement son financement,
  • De plus, faut-il rappeler que ces investissements sont réalisés pour améliorer l’offre de services publics destinés aux Parisien.nes : nous parlons de nouvelles places en crèches, de rénovations d’écoles, de création de nouveaux espaces verts et de logements.
  • Enfin, le niveau d’endettement reste bien inférieur à celui de la plupart des grandes villes de France : début 2017, 2 288 € par habitant à Paris, contre 2 644 € pour chaque Bordelais ou encore 3 726 € pour chaque Marseillais.[1]

 

Ce que Pierre-Yves Bournazel ne précise pas, c’est qu’Anne Hidalgo s’est engagée à ne pas augmenter les impôts directs d’ici la fin de la mandature afin de préserver le pouvoir d’achat des Parisien.ne.s. Dans le même temps, les taux d’intérêt sont bas : c’est donc maintenant qu’il faut investir en nous démarquant de la tendance à la baisse de l’investissement public local, et en réaffirmant au quotidien notre engagement pour des politiques publiques au service des Parisien.ne.s.

Par ailleurs, soucieuse de ne pas être le seul juge de son action, et levant directement des emprunts sur les marchés financiers, la Ville de Paris est soumise au regard exigeant et impartial des agences de notation chargées d’apprécier la qualité de nos finances et de notre gestion. Or, nous conservons aujourd’hui la note « AA », la meilleure possible pour une collectivité en France, et les agences de notation ont encore récemment salué la « gestion financière de qualité » et « les performances budgétaires solides » de la capitale française. De même, la Ville de Paris a été l’une des premières collectivités à s’engager dans un processus d’expérimentation de la certification de ses comptes avec la Cour des Comptes afin de renforcer la transparence et la pédagogie.

Autre point d’attaque de Pierre-Yves Bournazel : « la démocratie ne doit plus se limiter au temps de l’élection mais nourrir un processus constant et aussi fécond que possible » car pour lui « dès 2020, [la Ville de Paris] doit être aussi le moment où nos concitoyens deviennent co-gestionnaires de leur ville ». Une assertion qui fait semblant de méconnaitre la pratique participative des politiques publiques mises en place par la gauche depuis 2001. Depuis son élection, Anne Hidalgo n’a cessé de mettre en œuvre de très nombreuses initiatives pour répondre aux nouvelles attentes des citoyens, tant en matière d’innovation des usages que de refondation démocratique : un Budget Participatif unique au monde par les montants engagés, la plateforme de concertation numérique idee.paris, les réunions publiques sur le Budget, quelques exemples parmi tant d’autres.

La question budgétaire, ne peut plus être agitée comme un épouvantail, ni être considérée hors de toute perspective économique, politique ou écologique. Sinon, elle devient illisible pour le citoyen et entache la démocratie. Il est devenu habituel d’instruire le procès de la dépense publique, de laisser à penser que tout euro investi par les pouvoirs publics est un une gabegie : c’est en réalité faire le procès des services publics et de notre modèle de contrat social, c’est salir l’action publique en dénonçant son coût plutôt que d’assumer un débat sur ses objectifs et les actions concrètes qui en découlent.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la construction du budget parisien, retrouvez ici les pastilles vidéos développées par Acteurs Publics en collaboration avec la Mairie de Paris.

[1] Dette/habitant de la commune, de l’EPCI à fiscalité propre et du conseil départemental. Ces chiffres sont extraits du Rapport de l’Observatoire des finances et de la gestion publiques locales (septembre 2017).

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